Restaurée en 2003, cette fontaine occupe le centre du
parc Sir-George-Étienne-Cartier, aménagé en 1912 sur le site
des anciens abattoirs de l'ouest. Les différentes composantes de
l'oeuvre ont été commandées par catalogue à la fonderie états-unienne
Mott Iron Works. La construction du parc était une
promesse électorale qui a facilité l'annexion de la ville de Saint-Henri
à Montréal. Les maisons autour du parc devaient toutes
être construites avec une façade en pierre de taille ou en brique
décorative. Le coût prohibitif de ces maisons a évidemment eu
pour effet d'exclure les ouvriers des résidences autour du parc.*
Qui était George-Étienne Cartier ?
Texte de Colette Noël**
N'y a-t-il pas une faute à George, comme nous l'écrivons
dans le titre ? Car en français, George s'écrit Georges, avec un s !
Nous verrons plus loin pourquoi la Ville a eu raison d'écrire
George sans s sur ses écriteaux ! Eh oui !
George-Étienne Cartier est connu comme Père de la confédération.
Il travailla dans ce but, au côté de Sir John Alexander
Macdonald qui en présida le premier cabinet de 1867 à 1873.
En 1860, le Montreal Gazette fait l'éloge de Cartier en le
décrivant comme « l'ami libéral et fidèle de la population britannique
du Bas-Canada.»
Cependant, les Canadiens français, eux, le surnommèrent
« le vire-capot ». On peut se poser des questions ! Fut-il
le grand homme politique que certains se plaisent à répéter ? À
cette époque, était-ce possible d'être porté aux nues par les
« Anglais »*** tout en défendant les « Canadiens », les
« Indiens » et les « Métis » ?
Cartier est né à Saint-Antoine sur le Richelieu, en 1814,
dans une famille de riches commerçants. Il fut baptisé Georges-Étienne
(avec un s). Après l'inauguration du pont Victoria, ainsi
nommé en l'honneur de la reine d'Angleterre, et la visite du prince
de Galles, en 1860, il laisse tomber le « s » de Georges afin de
donner à son nom l'orthographe anglaise : George. Il avait
d'ailleurs nommé sa troisième fille, en 1853, « Reine Victoria ».
Cartier n'a pas toujours été aussi inféodé aux « Anglais ».
En 1837, il combattait au côté des patriotes à Saint-Denis. Les
munitions venant à manquer, il traversa la rivière pour en
chercher à Saint-Antoine. Mais, les événements ayant mal tourné,
il se cacha près de Saint-Antoine, puis passa aux États-Unis.
Le 20 septembre 1838, il prêtait le serment d'allégeance
aux autorités britanniques et se rendait à une réception chez le
gouverneur alors qu'on venait d'exécuter douze patriotes et d'en
déporter 58.
Les chemins de fer
Cartier manifesta toujours beaucoup d'intérêt pour les
chemins de fer. Le Grand Trunk, créé en 1854, constitua pour
lui un puissant levier sur le plan professionnel, politique et
économique. La société du Grand Trunk, contrôlée par
Londres, « exerçait une influence sur les tarifs, les parcours, le
marché du travail, les élections et l'économie. Elle finançait des
campagnes électorales, fournissait des emplois à des politiciens
importants, (.) distribuait des fonds et des billets gratuits. »**
Cartier rendit de nombreux services au Grand Trunk,
particulièrement après 1850, comme avocat, comme orateur et
comme politicien remarqué. Il en fut le directeur de novembre
1852 à mai 1853.
Le Grand Trunk « n'exerçait pas seulement une forte
influence sur l'emploi et le progrès économique : il constituait aussi
à Montréal, une importante force électorale. Ses ouvriers formaient
alors un véritable réservoir de votes. et de gros bras. »**
L'intérêt des politiciens au service du Grand Trunk était
donc important. Ils ne se génèrent donc pas pour faire des
déclarations. douteuses. Cartier gagna probablement le
premier prix à cet égard en expliquant à la Chambre des
communes que la subvention accordée au Grand Trunk en 1855
n'avait pas pour but « d'autoriser la compagnie à emprunter, mais
d'autoriser le gouvernement à prêter. »****
Carrière politique
George-Étienne fit une brillante carrière politique de 1848
à 1872. Élu quatre fois dans le comté de Verchères, à Montréal-Est,
il fut défait deux fois puis élu en 1863 et en 1867.
Il est alors nommé ministre de la Milice et de la Défense.
En 1871, il est élu dans Beauharnois, au provincial et siège en
même temps au fédéral.
En 1872, nouvelles élections et Cartier est défait dans
Montréal-est. C'était là un dur coup pour le Parti conservateur,
Sir George-Étienne étant le bras droit de Macdonald alors
premier ministre du Canada. Les élections n'ayant pas encore eu
lieu au Manitoba, on se tirera d'affaire. Macdonald et Cartier
demandent aux deux candidats du comté de Provencher de se
retirer pour le plus grand bien de la nation. L'un de ces
candidats est Louis Riel à qui Cartier promet toute son aide. Le
fait d'avoir un ministre comme député favoriserait le règlement
de l'amnistie et d'autres problèmes en faveur des Métis.
Cartier fut donc élu sans opposition, mais, malade, il
traversa l'océan et mourut à Londres en 1873. Quant à Riel, il
fut exécuté par le gouvernement Macdonald.
Sir George-Étienne Cartier, Père de la Confédération
Cartier mit du temps avant d'accepter les principes d'une
union fédérale. Il critiqua, de façon sarcastique, cette idée
avancée par le politicien Alexander Galt avant l'été 1858.
Cependant, nommé premier ministre en août, il fait volte-face,
fait entrer Galt dans son ministère et va à Londres en sa
compagnie pour discuter du projet qu'il endosse ouvertement.
En 1864, Cartier entre dans le gouvernement de
coalition qui prône le fédéralisme et la représentation proportionnelle
à la population, ce qui signifie que les Canadiens
français deviendront politiquement minoritaires dans le
Canada. Cette représentation proportionnelle, il l'avait rejetée
dans le gouvernement d'Union alors que c'est le Haut-Canada
qui aurait été minoritaire.
Dans son discours à l'Assemblée législative, le 7 février
1865, Cartier déclare : « Je n'ai pas la moindre crainte que les
droits du Bas-Canada soient exposés par le fait que dans la
législature générale, les Canadiens français du Bas-Canada auront
un plus petit nombre de représentants que les autres provinces
réunies. »** Il s'appuyait sur l'idée que les Provinces maritimes
s'allieraient au Bas-Canada.
L'histoire du Québec et du Canada lui a donné tort.
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*Sources : Société historique de Saint-Henri et Arrondissement Sud-Ouest.
**Source principale : Brian Young (1982). George-Étienne Cartier, bourgeois montréalais.
Montréal : Boréal Express.
***À cette époque, l'expression « Canadiens » n'incluait que les francophones du Canada.
L'expression « les Anglais » désignaient les « Canadiens anglais » qui s'identifiaient plus à
l'Angleterre qu'au Canada.
****Montreal Gazette, 12 mai 1855.
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