| 6b Duplex
812-820, rue Agnès
Source : L’autre Montréal

Détail de la corniche du 812 Agnès.
« Ce duplex a été construit en 1890, avant la création du square. Sa façade en brique avec quelques ornements de terracotta montre qu’il était habité par un ouvrier spécialisé capable de se payer ce petit luxe.
Le duplex ouvrier
Dans les lotissements les plus anciens de Saint-Henri, les îlots n'ont pas de ruelle et les maisons sont construites au ras du trottoir de bois, bordant des rues non pavées que la pluie ou la neige transforme en gadoue. Le plus souvent à deux étages (duplex), ces bâtisses se présentent sous la forme de deux maisons mitoyennes formant un édifice plus large que profond. Il est très souvent percé d'une porte cochère menant originellement aux dépendances de la cour arrière, où l'on retrouve les fosses d'aisance, les « back house », devenues familièrement les « bécosses ». On y retrouve aussi dans certains cas l’écurie ou des animaux (une vache ou un cochon).
L'afflux de nouveaux résidents et l'exploitation maximum du terrain amènent les propriétaires à construire de nouveaux logements dans ces fonds de cour, densifiant considérablement un espace urbain où les conditions d'hygiène sont encore primaires, la verdure de plus en plus rare et les incendies ravageurs.
La façade est sobre, l'ornementation se concentrant surtout sur une large et débordante corniche de bois ou de tôle avec une grande variété de motifs. On retrouve parfois des balcons supportés par d'étonnantes consoles de bois ouvré ou ajourées en éventail, surplombant les portes jumelées s'ouvrant sur le rez-de-chaussée et sur l'escalier intérieur menant à l'étage.
À l'intérieur, sur un plan presque carré, on retrouve généralement un logement de trois pièces au rez-de-chaussée, à cause de l'empiétement de la porte cochère et un logement de quatre pièces à l'étage. Si certaines maisons bénéficient de toilettes intérieures, les « privés », il n'y a pas de bain. On se rend périodiquement aux bains publics municipaux pour parfaire les ablutions sommaires que permet seulement l'étroit évier de la cuisine. Les familles nombreuses, si fréquentes à cette époque au Québec, s'entassent dans ces logements exigus et la préparation du coucher le soir voit le déploiement, dans toutes les pièces de la maison, de matelas où l'on se « corde » pour dormir et qu'on empile dans la journée pour faire place aux activités domestiques et même au travail à domicile qui occupe de nombreuses femmes attelées de longues heures à leur machine à coudre.
À l'arrière, une grande galerie de bois à l'étage se termine aux deux extrémités par des escaliers raides qui descendent dans la cour. »*
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* Bernard Vallée. L’autre Montréal.
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