5   Maison Guay

844-846, rue Agnès
Sources : Société historique de Saint-Henri + L’autre Montréal

Construite en 1902, cette maison a été la résidence d’Eugène Guay, dernier maire de Saint-Henri de 1897 à 1905. Celui-ci est un exemple de cette bourgeoisie d’affaire francophone en émergence, issue de milieux modestes et qui se hisse aux postes de responsabilités civiques.

Fils de pêcheur, il naît à Saint-Joseph de Lévis, en 1851. Comme des centaines de milliers de Québécois, il migre aux États-Unis. Il y apprend la cordonnerie, suit des cours du soir et invente un procédé de fabrication de semelles de souliers avec renfort.

En 1880, il s’installe à Saint-Henri où il travaille comme corroyeur avant de fonder sa propre manufacture de chaussures en utilisant son procédé de fabrication. En 1891, 30 personnes travaillent dans son usine très prospère de la rue Sainte-Marguerite.

Commissaire d’école, conseiller municipal, puis maire de Saint-Henri, il est le principal artisan de l’annexion à Montréal. Il reste conseiller municipal du quartier Saint-Henri jusqu’en 1909 et meurt en 1912.

Les écoles du soir

Eugène Guay est aussi commissaire d’école. C’est sous son administration qu’une « école du soir » est mise sur pied. En 1898, sept instituteurs donnent des cours à 550 personnes de tous âges. C’est notamment à cause du sort fait aux enfants que Guay instaure ces cours.

Quel est donc ce sort fait aux enfants ?

« En 1841, au tout début de l’industrialisation, la Chambre (des députés) a voté une loi limitant à douze heures la journée de travail des enfants de 8 à 12 ans. La proposition initiale de huit heures a été rejetée avec violence par les députés : « Nous ne voulons pas que les enfants vivent jusqu’à 10 ans sans avoir contracté l’habitude salutaire du travail » !

Souvent les enfants travaillent dès l’âge de 8, 9, ou 10 ans. L’Acte des manufactures (1885) fixera l’âge minimum pour le travail des enfants à 14 ans pour les filles et 12 ans pour les garçons, et la durée du travail pour les femmes et les enfants à 60 heures par semaine. Malheureusement, peu de contrôles sont effectués et on assiste au viol systématique de la législation. Les enfants sont souvent battus et mis au cachot!

À titre d’exemple, voici le témoignage de Théophile Charron, 14 ans, cigarier à Montréal devant la Commission royale d’enquête sur le travail et le capital, en 1887 :

Question : Quel âge as-tu ?
Réponse : 14 ans.
Question : Quand tu te désignes comme cigarier, tu veux dire que tu as fait ton
              apprentissage, n'est-ce pas ?
Réponse : Oui monsieur. Question : Pendant combien de temps ? Réponse : 3 ans.
Question : N’as-tu jamais été maltraité ?
Réponse : Si, parfois quand on coupait mal les feuilles, ils nous frappaient la tête
              avec le poing.
Question : C’était habituel de frapper les enfants de même ?
Réponse : Souvent.
Question : As-tu été battu durant ta première année d’apprentissage ?
Réponse : Oui monsieur ; (...)
Question : Comme ça, on te battait à 11 ans ?
Réponse : Oui monsieur (...)
Question : As-tu vu des enfants mis au trou ?
Réponse : Oui monsieur.
Question : Pourquoi les y a-t-on mis ?
Réponse : Parce qu’ils avaient perdu du temps.
Question : Combien de temps y restaient-ils ?
Réponse : Parfois jusqu’à 7 heures.
Question : Quand les avait-on mis là ?
Réponse : Dans l’après-midi (...)
Question : Où était situé le trou ?
Réponse : Dans la cave.
Question : Était-il près de la fournaise ?
Réponse : Non monsieur.
Question : Y avait-il une fenêtre ?
Réponse : Non monsieur (...)
Question : À quel âge as-tu quitté l’école ?
Réponse : À 10 1/2 ans. »*

 

Activité pédagogique

  • Ce dialogue peut être repris avec les élèves afin de voir avec eux pourquoi l’instruction obligatoire a été instaurée. Aimeraient-ils se retrouver à cette époque ?
  • À la Dominion textile (voir Fiche 54) on appelait les enfants qui y travaillaient les « Bobine boy » ? Trouvez pourquoi.

_______________________
* Bernard Vallée. L’autre Montréal.

 

 
 
 

 

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