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Boudrias 727, rue Lacasse
Sources : Société historique de Saint-Henri + L’autre Montréal
Selon les recherches effectuées par Lucie Ruelland et Gilles Lauzon*, cette maison est antérieure à 1875. Au cours des ans, la maison a évidemment subi de nombreuses transforma-tions. Elle était habitée par un cordonnier. « Joseph Boudrias, cordonnier, possède en 1875 un lot qu’il a acheté de Pierre Saint-Germain, sur la rue Saint-Germain (aujourd’hui rue Lacasse) en 1866. En 1875, Joseph Boudrias habite une maison unifamiliale sur ce lot ; il vend sa propriété à Charles Turcot en 1876, pour 780 $ »*
Un cordonnier ! On imagine tout de suite le petit cordonnier qui répare nos souliers ou qui aiguise nos patins. Pourtant, à l’époque, le métier de cordonnier ne ressemblait pas à l’image qu’on s’en fait aujourd’hui.
On se souviendra que Saint-Henri est né avec les tanneries (voir Fiche 12). Les tanneries produisent du cuir. Et que fabrique-t-on avec le cuir, en 1781 ? Des selles et des attelages de chevaux, de même que des bottes et des souliers. Autour des tanneries, se développent donc les métiers de cordonnier et de sellier. Les cordonniers ne se contentent pas, à cette époque, de réparer les souliers et les bottes. Ils les conçoivent, les fabriquent et les vendent dans leur boutique.
« En 1825, le petit bourg (des Tanneries des Rolland) est devenu un important village de production artisanale. Le recensement réalisé cette année-là nous en fournit un portrait. Le recenseur y trouve 466 personnes. En plus des 12 tanneurs, il constate la présence de 13 cordonniers-tanneurs, d’un cordonnier-sellier et de 17 selliers, avec leurs 24 apprentis. En tout, 63 % des occupations déclarées au village sont en lien avec le travail du cuir (101 sur 161). Dans le cahier du recenseur, on identifie le village par les deux noms de Saint-Henri des Tanneries et de Tanneries des Rolland. »*
On voit donc que tous ces cordonniers ne fabriquent pas des bottes et des souliers uniquement pour les gens de Saint-Henri. Ils vendent leur production à Montréal qui compte alors 22 540 personnes.
C’est à ce moment qu’arrive la révolution industrielle qui va voir disparaître en 50 ans la très grande majorité des cordonniers artisans.
« De 1825 à 1852, la population du village a peu augmenté. Elle est passée de 466 personnes à 600 environ. Les métiers du cuir sont restés prépondérants (59 % des occupations contre 63 % en 1825), mais la situation a profondément changé. »* Les tanneurs ont pratiquement disparu. Par contre, on compte « 148 cordonniers et cordonnières. »* Cependant la présence de femmes et la disparition des apprentis
« laissent supposer que les familles travaillent majoritairement pour le compte de gros propriétaires d’ateliers montréalais, par ‘putting out’, dans un système de manufacture dispersée. »*
« En 1861, il reste 105 cordonniers, dont 6 femmes seulement. (…) On peut supposer que les 99 (hommes) travaillent surtout à coudre des empeignes aux semelles, sans plus. »*
« En 1861, les cordonniers et cordonnières n’occupent plus que 22 % des occupations locales. En 1871, la proportion passe à 14 % alors qu’on trouve 89 cordonniers dans le village qui s’est encore élargi. (…) Il reste sans doute quelques petites boutiques de maîtres-cordonniers à Saint-Henri (on en trouve 3 au village voisin de Saint-Augustin, en 1871) mais elles ne représentent plus que la fin d’une époque.»*
De nos jours, les cordonniers sont peu nombreux. Ils se spécialisent habituellement dans la réparation des souliers.
La révolution industrielle
Avant 1825, les cordonniers, comme tous les autres métiers, étaient de véritables artisans qui concevaient la chaussure, la fabriquaient au complet et la vendaient. Il s’agissait alors d’un travail varié qui incluait du travail intellectuel (concevoir la botte ou la chaussure, planifier le travail, vendre son produit) et du travail manuel (couper et assembler les diverses parties de la chaussure).
L’arrivée des grandes usines de fabrication de chaussures contrôlées par de riches capitalistes marque un tournant important dans le mode de production. Les cordonniers artisans ne peuvent alors plus compétitionner avec les prix des chaussures produites en usines. Ils se voient obligés de cesser leur travail varié et de se recycler en travailleurs d’usine.
Dans ces usines, les travailleurs ne fabriquent plus une chaussure au complet. Ils sont « hyperspécialisés ». Ils se limitent dorénavant à effectuer une seule opération, par exemple, clouer et coller le talon ou couper un morceau de cuir précis. Les anciens artisans cordonniers cessent alors d’effectuer un travail enrichissant et varié (intellectuel et manuel) pour devenir de véritables machines humaines se livrant à un travail abrutissant.
Si l’arrivée des grandes usines capitalistes a permis de baisser le prix des chaussures, elles ont par ailleurs eu l’effet de transformer les artisans en de véritables machines humaines, avec des conditions de travail misérables et un salaire de crève-faim.
Pendant ce temps, les propriétaires d’usine accumulaient des profits faramineux et pouvaient se payer un train de vie leur permettant d’acquérir de véritables châteaux et d’employer de nombreux domestiques, grâce à l’exploitation sans retenue de leurs employés.
Ce passage de l’artisanat à la production en usine ne s’est pas fait d’un seul coup. Il s’est fait par étapes, à mesure qu’apparaissaient de nouvelles machines outils rendues possibles grâce à la découverte de la vapeur comme moyen de mouvoir la machinerie.
Une des étapes a été ce qu’on a appelé « l’usine dispersée » ou « putting out ». Il existe encore aujourd’hui des relents de cette forme de travail dans l’industrie du vêtement. On fournit ainsi à des couturières à la maison les morceaux déjà coupés d’un vêtement qu’elles doivent assembler le plus rapidement possible, car elles sont payées « à la pièce » plutôt qu’à salaire fixe.
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* Lucie Ruelland et Gilles.Lauzon. 1875/Saint-Henri.
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