12 Ancienne église Sainte-Élisabeth

Rue de Courcelle, angle Saint-Jacques
Sources : Société historique de Saint-Henri + CLSC Saint-Henri + Jean Gilbert

L’église Sainte-Élisabeth-du-Portugal est sur le point d’être démolie. Ses derniers occupants, la communauté catholique coréenne, l’ont quittée il y a quelques années. Construite en 1958, elle est la troisième église à occuper ce site.

La deuxième a été construite après la fondation de la paroisse Sainte-Élisabeth, en 1894. Son curé fondateur est Auguste Octavien Rodolphe Lacasse (1862-1918). C’est en son honneur qu’on a nommé la rue Lacasse, alors qu’il était toujours en fonction.*

La première église, une chapelle doublée d’une école, date de 1810.

C’est autour de cet endroit qu’est né le village de Saint-Henri. L’histoire remonte à 1685.

« L’intendant de la Nouvelle-France, Jean Talon, trouvant la jeune colonie beaucoup trop dépendante de la France pour s’approvisionner de plusieurs denrées nécessaires à la survie de la population, entreprend de l’équiper de diverses industries essentielles ; il favorisera entre autres la création des tanneries. La deuxième tannerie de la Nouvelle-France est donc octroyée en 1685 au marchand Jean Dedieu et au tanneur Jean Mouchère. Comme un édit royal interdit l’établissement des tanneries à l’intérieur des murs fortifiés, en raison principalement des fortes odeurs qui s’en dégageaient, ils choisissent de s’installer au coteau Saint-Pierre sur la route des fourrures vers Lachine, à un endroit où coule le ruisseau Glen** (à l’intersection des rues Saint-Jacques et De Courcelle). La tannerie devient aussi un relais pour les coureurs des bois le long d’un parcours où la route, plus à l’ouest, est boueuse et enneigée ; il faut alors compter une journée entière pour se rendre de Montréal à Lachine !

En 1706, Gabriel Lenoir, dit Rolland (fils de François Lenoir, un soldat du régiment de Carignan et de Madelaine Charbonnier, une Fille du Roy) entre au service de la tannerie et en devient le premier apprenti tanneur né dans ce pays. Plusieurs descendants Lenoir perpétueront les métiers de tanneurs, selliers et cordonniers. Avec d’autres familles, ils établiront plusieurs tanneries et ateliers… » ***

En 1781, on trouve onze maisons et leurs dépendances dans le bourg de la Tannerie des Rolland.

« Si elles y étaient encore, ce qui n’est pas le cas, la plupart des 11 maisons de 1781 se trouveraient aujourd’hui sur la rue Saint-Jacques, entre les rues de Courcelle et Saint-Rémi, sous l’échangeur Turcot.

Parmi les dépendances des maisons, on trouve huit tanneries. Six de ces dernières appartiennent à des Rolland. Nul doute qu’il s’agit de petites entreprises artisanales dont la production est probablement vendue en bonne partie aux cordonniers et aux selliers de Montréal. (…)

En 1810, on construit une chapelle dans le bourg des tanneurs, à l’intersection des chemins de la côte Saint-Pierre et de la côte Saint-Paul (De Courcelle et Saint-Jacques). La chapelle sert à assurer les services religieux en tant que simple desserte de la paroisse Notre-Dame de Montréal. On lui joint une école**** et on lui donne le nom de Saint-Henri (du nom de Henri-Auguste Roux, curé de Notre-Dame et supérieur des Sulpiciens*). »*****

« Cette occupation double comme chapelle et école se poursuit jusqu’à environ 1870, date de la construction de l’église Saint-Henri. (Par la suite), la chapelle demeure une école gérée par les Soeurs Grises. Elle est transformée en 1870 en une école pour garçon que les Frères des écoles chrétiennes viendront occuper à partir de 1872. Ils déménageront en 1877 dans un nouvel édifice érigé à proximité de l’église Saint-Henri. Celle-ci sonne le glas, pour quelques années, de l’occupation institutionnelle du site puisque sur la carte du plan d’assurance incendie de Goad de 1890, le site est occupé par la manufacture Montreal Carriage Leather Co. dont on suppose qu’elle occupe les anciens locaux de la paroisse et de l’école. Selon les auteurs de ‘Saint-Henri des Tanneries/connaître Montréal par ses quartiers’, la manufacture a été construite en 1882. »******

L’atmosphère des tanneries

On imagine mal aujourd’hui l’atmosphère des tanneries de l’époque. Dans son livre Le parfum, Patrick Süskind décrit la vie d’un garçon de 11 ans, travailleur dans un atelier de tannage de cuir à Paris, en 1747.

« Durant le jour, il travaillait tant qu’on y voyait clair, en hiver huit heures, en été quatorze, quinze, seize heures : il écharnait les peaux qui puaient atrocement, les faisait boire, les débourrait, les passait en chaux, les affétait à l’acide, les meurtrissait, les enduisait de tan épais, fendait du bois, écorçait des bouleaux et des ifs, descendait dans les cuves remplies de vapeurs âcres, y posait en couches successives les peaux et les écorces selon les instructions des compagnons, y répandait des noix de galle écrasées et recouvrait cet épouvantable entassement avec des branches d’ifs et de la terre. Après une éternité, il fallait de nouveau tout exhumer et tirer de leur tombeau les cadavres de peaux momifiés par le tannage et transformés en cuir.

Quand il n’était pas à enterrer ou à déterrer les peaux, c’est qu’il portait l’eau.»*******

_______________________
* Société historique de Saint-Henri. Ces gens qui ont fait Saint-Henri.
**Tributaire de la rivière Saint-Pierre.
*** CLSC Saint-Henri Portrait de quartier.
****L’école était située au sous-sol de l’église.
***** Société historique de Saint-Henri. 1875. Saint-Henri.
****** Patri-Arch. Février 2004. Analyse historique et architecturale de l’église Sainte-Élisabeth- du-Portugal présentée au Conseil consultatif d’urbanisme de l’Arrondissement Sud-Ouest.
*******Patrick Süskind (1986). Le parfum. Éditions Arthème Fayard. Page 43. Note : « affétait » signifie « façonnait le cuir ».

 

 
 
 

 

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