28  Le canal Lachine, d'hier à aujourd'hui

Source : L'autre Montréal.
Photo : Canal Lachine vu du marché Atwater (direction ouest).

Le Canal Lachine est au coeur du développement de Montréal, mais il est aussi à la source de la croissance et du déclin industriel de Saint-Henri.

Le site choisi par Maisonneuve pour fonder Montréal, en 1642, correspond au terminus de la navigation sur le fleuve Saint-Laurent vers l'intérieur du continent. Les rapides de Lachine empêchent alors tous les bateaux de remonter plus loin. Le voyageur qui souhaite pénétrer dans le continent doit décharger sa cargaison, effectuer un portage et recharger son embarcation, 13 kilomètres plus loin. C'est souvent le cas des coureurs des bois qui reviennent à Montréal chargés de fourrure.

De nombreux projets de canalisation ont été conçus sous le régime français sans être réalisés. Le premier en 1670 visait à canaliser le lac à la Loutre. Ce lac était situé à l'emplacement de l'actuel parc à la Loutre. Il était alimenté par la rivière Saint-Pierre qui passe aujourd'hui par une canalisation sous la ruelle Butternut.

Ce n'est qu'en 1821, suite à l'exode des Loyalistes vers les Grands Lacs, l'augmentation subséquente des échanges entre le Haut et le Bas Canada et l'apparition de nouveaux navires, que le projet du Canal Lachine voit le jour. Les travaux débutent en 1821 pour se terminer en 1825. Le canal sera cependant ouvert dès août 1924.

Ce nouvel accès vers les Grands Lacs diminue l'achalandage au port de Montréal. Les pertes pour la ville de Montréal sont lourdes, les gains considérables pour Toronto.

Plus de 500 immigrants irlandais travaillent à sa canalisation. Ceux-ci ont été forcés d'émigrer par les Britanniques afin de fournir de la main-d'oeuvre à bon marché pour les colonies. Comme ils ont donné tout leur avoir pour la traversée, ils ne peuvent pas s'établir sur une terre. Ils doivent accepter les emplois les plus durs et les moins payés.

Ce nouveau canal est une voie d'eau entièrement artificielle de 13,4 km. Sept écluses permettent de franchir une dénivellation de 14,3 m. entre Lachine et le port.

En 1843, on entreprend des travaux d'amélioration du canal afin de faire face à la concurrence des États-Unis. On fait alors passer de sept à cinq, le nombre d'écluses. On augmente sa largeur, la faisant passer en surface de 14,6 à 36 mètres ; et sa profondeur, qui passe de 1,4 à 2,7 mètres.

La grève de 1843

L'agrandissement du canal va de pairs avec les travaux du canal de Beauharnois. Près de 3 000 ouvriers irlandais travaillent à ce chantier.

« Entreprise colossale, la construction du canal donne lieu à des conflits d'une rare violence, à une époque où les organisations syndicales étaient encore hors la loi. Le travail de forçat, l'indigence des salaires et leur distribution sous la forme de bons encaissables seulement aux magasins des entrepreneurs où les produits sont plus cher qu'ailleurs, font s'accumuler les frustrations et provoquent l'affrontement. En 1843, une grève éclate au chantier du canal. L'armée intervient : 20 travailleurs sont tués et 30 autres blessés. »*

Ce massacre qui eut lieu près de Beauharnois demeure à ce jour l'acte le plus sanglant de la répression ouvrière de l'histoire du Canada.

Le canal entraîna un développement exceptionnel le long de son parcours. C'est ce qui donna lieu à la création du village de Saint-Henri et à l'installation de nombreuses usines sur son territoire.

Les derniers travaux majeurs à avoir lieu sur le canal le furent entre 1974 et 1885. On fit alors passer sa largeur à 45 mètres et sa profondeur à 4,3 mètres.

« La période de 1880 à 1959 forme l'âge d'or du canal. »*

Durant la première moitié du XXe siècle, l'activité industrielle est à son comble aux abords du canal. Le gouvernement loue des prises d'eau aux usines, leur fournissant ainsi l'énergie hydraulique dont elles ont besoin. Saint-Henri avec de telles activités économiques est au coeur de la ville. Ces moments sont les plus glorieux pour le quartier.


Complexe de la Dominion textile en 1947.
(Photo : Archives nationales du Canada. PA211412).

Le déclin

Vers 1955 débutent les travaux de canalisation du Saint-Laurent. La Voie maritime du Saint-Laurent, toujours empruntée de nos jours, va provoquer le déclin et la fermeture du Canal Lachine. Le départ des industries vers les banlieues entraîne alors une baisse considérable des emplois. Les grands espaces industriels désaffectés et les terrains vacants sont désormais les témoins d'une époque disparue. En 1970, on ferme finalement le canal à la navigation.

En 1978, le site est déclaré parc historique national. Gérés par Parcs Canada depuis, des travaux de réfection des murs et des écluses, de relèvement des ponts et d'aménagement des berges, ainsi que des études quant aux sédiments toxiques qui jonchent le fond du canal encore aujourd'hui sont entrepris. Le canal est rouvert en 2002 à la navigation de plaisance. Les bateaux ne peuvent y dépasser 10km/h pour éviter la remise en suspension des sédiments toxiques.

  • L'organisme Kaléidoscope en association avec la Société historique de Saint-Henri offre deux visites guidées à pied : « Le Saint-Henri historique » et « Sur les traces de Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy ».
    Téléphone : (514) 933-1318.
  • L’Autre Montréal offre deux visites guidées passionnantes sur Saint-Henri. La première s’intitule « SaintHenri : la vie de fact’rie ». La deuxième,
    « Canal de Lachine : de la machine industrielle au nouvel habitat urbain ». Téléphone : 521-7802. Site Internet : http://www.autremontreal.com .
  • Le site Internet de la Société historique de Saint-Henri présente plusieurs photos qui ont trait au canal et à ses industries. Site : collections.ic.gc.ca/sthenri/index.htm . Téléphone : 933- 1318.
  • Parcs Canada, gestionnaire du canal, vous offre une visite virtuelle du Canal Lachine : www.pc.gc.ca/lhn-nhs/qc/canallachine/index_f.asp .

Activités pédagogiques

  • Imaginer et dessiner le paysage précolonial du parc du Lac-à- la-loutre, alors qu'il y existait encore un lac et une rivière.
  • Imaginer et faire un dessin du paysage du canal durant l'âge d'or industriel, alors que les usines utilisaient la combustion au charbon pour actionner les machines à vapeur.
  • Trouver des vestiges de l'âge d'or industriel dans le paysage et les identifier. À quoi servent-ils aujourd'hui ? À quoi servaient-ils à l'époque ? Complexe de la Dominion textile en 1947.

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*L'autre Montréal.

 

 
 
 

 

 

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