26 Les trains
Sources : Bonheur d'occasion ; Société historique de Saint-Henri.
Photo : Le train à l'angle des rues Saint-Augustin et Saint-Ambroise.
Les trains font partie de la vie de Saint-Henri. La ligne du
Canadien Pacifique marque sa limite nord, et le quartier est traversé
en plein coeur par la ligne du Canadien National.
Il n'y a pas si longtemps, le « Canadian National » y traversait
même avec deux lignes. La première, aujourd'hui disparue, venait du
centre-ville et passait sur la piste cyclable qui se trouve derrière le
CLSC. C'est celle-ci que décrit Gabrielle Roy dans l'extrait en
encadré. La deuxième ligne est toujours en fonction.
Les locomotives d'aujourd'hui sont bien moins polluantes
que celles des années 1940. On reste malgré tout frappé par l'impact
des trains sur les maisons nombreuses qui bordent la voie ferrée.
Comme on le voit avec la photo au verso, ces trains passent pour
ainsi dire dans la cour des maisons.
Une longue histoire
L'histoire de Saint-Henri et des trains se confond en bonne
partie. La première ligne de train sur l'Île de Montréal a été installée
par la compagnie « Grand Trunk » en 1847 et passait derrière le
CLSC pour se rendre à Lachine.
En 1857, alors que Saint-Henri ne compte que quelques
maisons, deux lignes traversent déjà le village. En 1871, les deux
lignes sont déjà reliées. Le tronçon pour les relier passait sous le
viaduc près du CLSC. Ce viaduc est postérieur à la construction des
voies de chemin de fer. Il était évidemment plus haut, de manière à
laisser passer les trains.
Le plan dans cette page montre Saint-Henri en 1857.
Comme on le voit, le village se résume alors à quelques maisons le
long de l'actuelle rue Saint-Jacques, entre la place Saint-Henri (qui
n'existait pas encore) et l'autoroute actuelle.
« La voie de chemin de fer qui traverse le plan de gauche à droite
a été ouverte en 1847 ; elle relie Montréal à Lachine, en complément
du canal. En 1857, elle est déjà intégrée à un réseau plus large.
(L'arpenteur) Perreault l'identifie comme le chemin de fer de Montréal
et New York ; on traverse le fleuve au moyen de traversiers qui font la
navette entre Lachine et Caughnawaga où se trouve la tête de ligne sur
la rive sud. Une autre voie ferrée, toute récente en 1857, dont nous
voyons une section, se dirige vers l'ouest de l'Île de Montréal où un pont
complété en 1855 lui permet de rejoindre la péninsule de Vaudreuil et,
de là, l'Ontario; elle fait courbe à Saint-Henri pour aller vers le pont
Victoria, alors en construction, qui sera ouvert en 1859. Le réseau du
Grand Tronc dont ce tronçon fait partie, rejoint l'est du Québec vers les
Maritimes, et aussi, par une autre voie, la ville de Portland (Maine). Il
y a une gare (un dépôt) à Saint-Henri, en 1862. À partir de cette
époque, tous les gens qui arrivent à Montréal par train, depuis la rive
sud et la péninsule de Vaudreuil, passent par Saint-Henri. »*
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Locomotive à vapeur (charbon)
(Photo : Société historique de Saint-Henri).
Plan Saint-Henri en 1857 |
Le train dans les années 1940
« (Jean) s’arrêta au centre de la place Saint-Henri, une vaste zone sillonnée du chemin de fer et de deux voies de tramways, carrefour planté de poteaux noirs et blancs et de barrières de sûreté, clairière de bitume et de neige salie, ouverte entre les clochers et les dômes, à l’assaut des locomotives hurlantes, aux volées de bourdons, aux timbres éraillés des trams et à la circulation incessante de la rue Notre-Dame et de la rue Saint-Jacques.
La sonnerie du chemin de fer éclata. Grêle, énervante et soutenue, elle cribla l’air autour de la cabine de l’aiguilleur. Jean crut entendre au loin, dans la neige sifflante, un roulement de tambour. Il y avait maintenant, ajoutée à toute l’angoisse et aux ténèbres du faubourg, presque tous les soirs, la rumeur de pas cloutés et de tambours que l’on entendait parfois rue Notre-Dame (…)
Puis tous ces bruits furent noyés.
Un long tremblement gagna le faubourg.
À la rue Atwater, à la rue Rose-de-Lima, à la rue du Couvent et maintenant place Saint-Henri, les barrières des passages à niveau tombaient. Ici, au carrefour des deux artères principales, leurs huit bras de noir et de blanc, leurs huit bras de bois où luisaient des fanaux rouges se rejoignaient et arrêtaient la circulation.
À ces quatre intersections rapprochées, la foule, matin et soir, piétinait et des rangs pressés d’automobiles y ronronnaient à l’étouffée. Souvent alors des coups de klaxon furieux animaient l’air comme si Saint-Henri eût brusquement exprimé son exaspération contre ces trains hurleurs qui, d’heure en heure, le coupaient violemment en deux parties.
Le train passa. Une âcre odeur de charbon emplit la rue. Un tourbillon de suie oscilla entre le ciel et le faite des maisons. La suie commençant à descendre, le clocher Saint-Henri se dessina d’abord, sans base, comme une flèche fantôme dans les nuages… »**
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*Lucie Ruelland et Gilles Lauzon. 1875/Saint-Henri. Société historique de Saint-Henri.
**Gabrielle Roy (1977). Bonheur d'occasion. Montréal :
Éditions Stanké. Pages 37-38.
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