16 Un million, ça change pas le monde.
Sources : Rapport annuel 2004 de Loto-Québec ; Serge Chevalier.
(Centre international d'étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes).
Photo : Le Black Jack.
Nous avons demandé à Loto-Québec de nous fournir des
données comparatives entre la consommation de loteries dans
les quartiers défavorisés et favorisés de Montréal. Nous avons
essuyé un refus poli, mais ferme. Refus qui s'est manifesté par
plusieurs semaines d'attente à plusieurs demandes toutes
simples.
Il va de soi que Loto-Québec dispose de ces données. Le
contraire serait l'indice d'une administration qui ne connaît pas
la provenance de ses revenus. Nous n'osons croire que cette
société est aussi mal administrée.
Quoi qu'il en soit, il est évident que le quartier Saint-Henri
est un grand consommateur de loteries. Sur la seule rue
Notre-Dame, nous avons dénombré sept commerces offrant des
loteries vidéo et huit autres vendant des billets de loterie, tout
cela de l'avenue Atwater à la rue Carillon.
À partir d'une étude qui date de 2002*, le sociologue
Serge Chevalier**, a pu nous extraire les données pour Saint-Henri
et son village voisin en ce qui concerne les loteries vidéo.
En 2002, on comptait 62 appareils de loterie vidéo dans Saint-Henri,
soit un appareil par 225 habitants (incluant les
enfants !) ; dans Westmount, il n'y avait aucun appareil.
| 2002 |
Nombre d’appareils
de loterie vidéo |
Nombre d’habitants
par appareil |
| Saint-Henri |
62 |
225 |
| Westmount |
0 |
0 |
On peut facilement comprendre que les familles du
quartier soient de grandes consommatrices de loteries. Faute
d'emplois disponibles, l'abondante publicité de Loto-Québec
leur fait miroiter la formule pour s'en sortir.
Depuis la création de Loto-Québec en 1969, la
consommation des jeux de hasard a augmenté de façon
exponentielle au Québec, passant de $51,4 millions en 1970-71
à $3,8 milliards en 2004. Une augmentation qui dépasse les
7000 % ! Chaque citoyen québécois de plus de 18 ans dépense
en moyenne plus de 600 $ par année dans les jeux de hasard.
Pourtant, à l'origine, les plus vieux se souviendront que
la création de Loto-Québec n'avait pas pour but d'augmenter les
revenus de l'État sur le dos des pauvres. Elle avait pour but de
sortir le système des loteries des mains de la mafia. Avant 1969,
les loteries étaient illégales et la publicité sur les loteries, a
fortiori, interdite.
Mais l'État a rapidement oublié les nobles intentions de
départ et n'a cessé d'utiliser la publicité pour augmenter les
revenus provenant des jeux de hasard. De toute évidence, cette
stratégie a un impact dramatique chez les citoyens les plus
démunis. Ce n'est pas pour rien que Loto-Québec refuse de
sortir les statistiques à cet égard.
Les jeux de hasard conduisent plusieurs individus à
détruire leur vie et à poser, dans bien des cas, des actes criminels.
La publicité sur les jeux de hasard a pour effet de faire
miroiter aux yeux des citoyens les plus pauvres et les plus
vulnérables des gains faciles et magiques. En les incitant à
acheter des billets de loterie, on oublie cependant de les avertir
qu'ils sont assurés de perdre, en moyenne, 47 % de leur mise
qui s'en va en revenu de l'État et autres frais d'administration ;
pire encore, s'ils jouent à la loterie vidéo, ils perdent, en
moyenne, 66 % de leur mise***.
Activités pédagogiques
- Pourquoi ne pas concevoir et faire circuler une pétition signée par le personnel en éducation du quartier (puis du Québec) demandant au Gouvernement 1) de réduire de 80 % les dépenses publicitaires de Loto-Québec et 2) de confier au ministère de l’Éducation plutôt qu’à Loto-Québec le soin d’organiser des campagnes d’information visant à prévenir le jeu compulsif chez les jeunes.
- Dans le cours de mathématiques, on peut aussi poser des problèmes permettant aux élèves de prendre conscience des sommes qu’ils vont assurément perdre s’ils jouent aux loteries ou aux loteries vidéo.
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*Ces données ont été obtenues de la Régie des alcools, des courses et des jeux. Celle-ci ne
fournit plus ce genre de données.
**Serge Chevalier est rattaché au Centre international d'étude sur le jeu et les comportements.
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