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15  Jean Duceppe

Sources : Louise Duceppe ; Site Internet de la Compagnie Jean-Duceppe1 ; Gaëtan Lemay2 ; Manon Leroux3.
Photo (Compagnie Jean Duceppe) : Jean Duceppe.

Jean Duceppe est une figure mythique du milieu artistique québécois, tant par son génie sur la scène théâtrale que par sa conviction sur la scène politique.

« C'était un homme résolument engagé dans son métier, dans toutes ses formes d'expression, ainsi que dans la quête identitaire de la société québécoise de l'après-duplessisme. Il était de toutes les tribunes d'où s'exprimait le désir de faire du Québec un pays souverain. Au moment d'évaluer son héritage, on n'a pas hésité à écrire que Jean Duceppe a été au théâtre québécois ce que Félix Leclerc et René Lévesque ont été à la chanson et à la politique. »2

 


Photo (François Brunelle, 1973) : Jean Duceppe jouant le rôle de Maurice Duplessis dans la pièce de John Thomas McDonough, Charbonneau et le chef. Jean-Marie Lemieux y joue le rôle de Mgr Charbonneau.

 

Biographie

Jean Duceppe est né le 25 octobre 1923 sur la rue Champlain, dans le
« faubourg à mlasse »3. Cadet d'une famille de 18 enfants, il perd sa mère à 2 ans et son père lorsqu'il a 9 ans.

« Après des études à l'École supérieure Chomedey-de-Maisonneuve, située sur la rue Morgan, et à l'Externat classique Sainte-Croix, il livre de la glace dans le quartier Hochelaga pour l'entreprise familiale Duceppe et frères avant de devenir standardiste et magasinier pour la compagnie Duval. »1 Il a à peine quinze ans lorsqu'il découvre sa grande passion pour le théâtre, des amis suivant des cours chez Madame Sita Riddez, l'ayant invité à donner la réplique.
Maisons habitées par Jean Duceppe dans Hochelaga-Maisonneuve

Maisons habitées par Jean Duceppe dans Hochelaga-Maisonneuve

  • 1637, avenue Letourneux. Il y habite à partir de l’âge de 2 ans, à la mort de sa mère.
  • 2316, rue Chambly. C’est là que naît Gilles, actuel chef du Bloc Québécois.
  • 3807, rue Hochelaga.
  • 2685, boulevard Pie-IX.

À 17 ans, il fait ses débuts au théâtre l'Arcade, puis joint la troupe de l'Arcade, qui était à l'époque « la seule compagnie de théâtre professionnelle à
Montréal »1. Il côtoie des jeunes comédiennes, Janine Sutto et Yvette Brind'Amour. Durant la période de guerre et d'après-guerre, de 1941 à 1952, il se retrouve sur plusieurs scènes : l'Arcade, le Rideau-vert, la salle Saint-Sulpice, le Monument National.

Avec les débuts de la télévision, en 1952, les téléspectateurs ont l’occasion de voir régulièrement Jean Duceppe. On lui doit des rôles remarquables dans de nombreux téléromans tels que La Famille Plouffe, Rue de l'anse, De 9 à 5, Terre humaine et Rue des pignons.

La radio occupe également une place importante dans la carrière de Jean Duceppe. À partir de 1955 et pendant plus de vingt ans, il anime des tribunes à la radio ou à la télévision. Sa fougue et ses opinions lui valent plusieurs congédiements : de CKAC, CKLM, Radio-Canada et CJMS. Mais comme au théâtre, il entretient une relation privilégiée et une grande complicité avec son audience. Sur les ondes, il prend « le parti des petits et des démunis »3.
Entre 1957 et 1959, il assume la présidence de l'Union des Artistes. C’est durant cette période qu’éclate le plus important conflit qu'aient connu Radio-Canada et l'Union des artistes : la grève des réalisateurs. René Lévesque est lui aussi sur la ligne de piquetage. Partageant la même vision politique, les deux amis se retrouvent à travers leurs parcours individuels. En 1980, Jean Duceppe participe à la campagne du OUI au référendum. À la Saint-Jean-Baptiste de 1990, il prononce un discours politique exprimant son engagement envers l'indépendance du Québec.

Le comédien est un bourreau de travail, comme l'illustrent ses activités au cours des années 1960. En 1962, par exemple, il crée le Théâtre des Prairies, l'un des premiers théâtres d'été au Québec, et cela, tout en jouant dans une dizaine de pièces, un téléroman et en animant trois émissions par jour à CKAC. En 1965, il fonde un journal d'opinion, Le miroir du Québec. Pour Télé-Métropole, il anime Relevez les manchettes et Franc-parler. Il assure aussi la direction du Théâtre populaire Molson (1966-1968).

Jean Duceppe nous a laissé le souvenir de plusieurs performances exceptionnelles. Rappelons celle dans Des souris et des hommes de John Steinbeck (Radio-Canada,1971). Avec le rôle de Mon oncle Antoine dans le film de Claude Jutra, Duceppe se mérite le prix du meilleur comédien au Festival du Cinéma canadien. Son rôle de Willy Loman dans la pièce d'Arthur Miller, La mort d'un commis voyageur, fait partie de l’histoire tout comme son interprétation de Maurice Duplessis dans Charbonneau et le Chef. Rappelons aussi toutes ces personnages qu'il a créés pour Marcel Dubé (Zone, Les Beaux dimanches, Bilan, Un matin comme les autres, Florence, Un simple soldat) ou encore sa prestation dans Bousille et les justes de Gratien Gélinas(1959). Mais la liste est trop longue pour faire état de cette carrière qui s'étale sur une cinquantaine d'années.

En 1973, Jean Duceppe fonde sa propre compagnie et l'établit à la Place des Arts. Par un choix judicieux des interprètes et des pièces, il ouvre le théâtre au grand public et devient l’un des théâtres les plus rentables de Montréal.
Souffrant de diabète, une grande partie de sa vie, Jean Duceppe décède en décembre 1990. En 1991, le Théâtre Port-Royal de la Place des Arts est renommé Théâtre Jean-Duceppe. Le comédien aura également droit à une télésérie en sa mémoire (2002).

Jean Duceppe, marié à Hélène Rowley, est le père de sept enfants. Parmi sa progéniture, soulignons l’actuel chef du Bloc québécois à Ottawa, Gilles Duceppe, ainsi que la directrice générale de la compagnie Jean Duceppe, Louise Duceppe.



Photo (François Brunelle, 1973) : Jean Duceppe dans La mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller.

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1. Le fondateur Jean Duceppe La Compagnie Jean Duceppe http://www.duceppe.com/apropos/fondateur.asp
2. Lemay, Gaëtan, "Jean Duceppe, Prix Denise-Pelletier1979" in Les prix du Québec, http://www.prixduquebec.gouv.qc.ca/recherche/desclaureat.asp?noLaureat=81
3. Il s’agit du quartier Sainte-Marie.

 

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