7  L’ancien marché Maisonneuve

Sources : Guy Pinard1 ; Joanne Pontbriand2  .
Photo (RC) : L’ancien marché Maisonneuve.

« Il fut un temps où les marchés publics occupaient une place de choix dans l’activité montréalaise. Autour des étals de bouchers et des stands de maraîchers, entre deux négociations pour l’achat d’un quartier de bœuf ou d’un cageot de tomates, les citoyens de tous les milieux discutaient des derniers événements survenus dans la communauté. Au cours du XIXe siècle, on dénombra jusqu’à 29 marchés sur le territoire montréalais. »1

« Le marché Maisonneuve fut construit à une époque où la ville de Maisonneuve, sous l’égide du maire Alexandre Michaud, se dota d’équipements publics sans commune mesure avec l’importance de cette ville. »1

La décision de construire le marché fut prise le 19 juin 1912. Les travaux durèrent deux ans et il fut inauguré en septembre 1914. L’architecte était Marius Dufresne.

« Le mode de fonctionnement du marché stipulait « : ouverture tous les jours, excepté les dimanches, le jour de l’An, le Vendredi Saint et le jour de Noël, les marchands de viande et de poisson pouvant rester ouvert jusqu’à 23 h la veille des jours de fermeture; interdiction de nourrir les chevaux sur le marché, d’y apprêter le poisson et le gibier, de fumer ou de cracher par terre à l’intérieur du marché, défense de vendre pour les marchands ambulants et les colporteurs.  »1

Le marché Maisonneuve fut construit au coût de 261 348 $, somme à laquelle il fallut ajouter 20 000 $ pour la réalisation et l’installation d’une fontaine du sculpteur Alfred Laliberté.

L’architecte emprunta au style Beaux-Arts la conception de cet édifice parfaitement symétrique qu’on pouvait aisément associer à celle des mairies françaises de l’époque.

La fermière au marché

(Extrait de Une île en mémoire, Laval 1900-1925)2

En 1916-1917, les agriculteurs venaient d’aussi loin que Sainte-Rose sur l’Île Jésus pour vendre leurs produits au marché Maisonneuve. Dû au fait que l’Île Jésus approvisionnait sa voisine en produits maraîchers, on l'appelait alors le jardin de Montréal. Née à Sainte-Rose, le 1er mars 1905, Émilienne Filiatrault se rappelle.

Émilienne Filiatrault  : « Moi j'ai commencé à aller au Marché Maisonneuve, j'avais à peu près 11, 12 ans... avec mes parents. Pis ça, j'ai appris. J'y allais même tout seule. Ils venaient me mener le vendredi, pis je restais au marché Maisonneuve.

À l’époque, le pont Viau était en planches, en madriers. On passait par Pont-Viau. On prenait le bas, là...pis, on descendait pour aller à Maisonneuve.

On y allait avec un cheval pis une voiture. Pis après ça, on y allait avec deux chevaux, ‘une estraide’ double. Pour amener le manger du cheval, on prenait une grosse poche, un sac à sel. On mettait du foin dans ça. Pis en arrière de la voiture, on attachait ça avec un cordeau3. Ça servait à attacher la poche pour pas la perdre en s'en allant.  »

Narrateur  : « La concurrence était féroce: il fallait parfois coucher au marché pour avoir une place au petit matin. Au menu: Pommes de terre, chou, blé d'inde, orge, avoine, cerises sauvages, raisins. »

Émilienne Filiatrault  : « Le blé d'inde, des fois on vendait ça cinq cents la douzaine. C'tait pas drôle. Pis à la fin du marché, des fois, avant de s'en venir, on laissait ça à quatre cents. C'tait pas drôle, vous savez. C'tait pas...C'était quasiment donné. Ben dans ce temps-là, par exemple, ça coûtait moins cher pour vivre. Le beurre se vendait quinze, vingt cents, dans ce temps là. »

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1. Guy Pinard (1988). Montréal, son histoire, son architecture. Tome 2. Montréal : Éd. La Presse.
2. Pontbriand, Joanne (1993). Une île en mémoire, Laval 1900-1925. Coproduction de l'Office National du Film et de la Fondation de la Maison des arts de Laval. 37 min 55.
3. Tenir les cordeaux : Québécisme qui signifie tenir les rênes. On attachait donc la poche avec une lanière servant de rêne.

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